NOS PRISES DE POSITION

Le terme « détectoriste »

(02/02/2011, révisée au 19/10/2014)

En France, la recherche d’objets anciens avec un détecteur de métaux est soumise à une autorisation préfectorale et à l’accord du propriétaire du terrain. On peut estimer qu’au moins 10 000 personnes en font une pratique très régulière, mais hors de tout cadre légal. Ce phénomène affecte gravement le patrimoine archéologique, car sans méthode ni respect des lieux ou des objets. Cette absence de préoccupations scientifiques et patrimoniales est clairement un vandalisme, autrement dit, du pillage du patrimoine archéologique.

Du point de vue des archéologues de terrain, les expressions pour désigner les acteurs de ce vandalisme traduisent l’impact négatif sur le travail qu’ils produisent et le patrimoine : pilleur, fouilleur clandestin, trafiquant, destructeur…

Sous l’angle des aficionados du détecteur de métaux, les termes sont autres. On observe une captation de « prospecteur » et de « fouilleur », utilisés à l’accoutumée pour les archéologues. L’expression chasseur de trésor revient fréquemment. L’anglicisme « détectoriste » a été très utilisé depuis les années 2000.

Ce terme naît en Angleterre vers 1980. Avec le Pays de Galles, ces deux régions du Royaume-Uni permettent de faire des prospections et des fouilles archéologiques sans aucun contrôle scientifique depuis 1996. La seule obligation est de déclarer la découverte d’un objet archéologique à partir du moment où l’on comprend qu’il s’agit… d’un objet archéologique.

Cette législation apparaît après 17 ans de protestation de la part des archéologues au travers de la campagne STOP. 17 ans aussi de pressions et de lobbying de la part des entrepreneurs en matériels de détection électromagnétique : leur stratégie a été de séparer le bon grain de l’ivraie. Ils ont ainsi opposé metal detectorists à nighthawkers. Autrement dit, les utilisateurs de détecteurs officiels et responsables face aux autres, ceux qui sortent honteusement la nuit pour échapper à tout contrôle, les pilleurs. Mais quel contrôle finalement pour une activité entièrement libéralisée ?

L’utilisation en France de ce terme détectoriste s’est faite avec l’intention claire de la part des lobbyistes d’introduire cette dichotomie dans l’esprit des élus et du public, à commencer par les chasseurs de trésor eux-mêmes pour les décomplexer. La coquetterie a été poussée jusqu’à la forme détecteuriste alors que le mot détecteur peut désigner à la fois la personne et l’appareil. Il s’agit donc de se présenter en tant que communauté et par ricochet, de crier à la stigmatisation lorsque les lois sont rappelées.

Si en 2011, nous archéologues, nous nous interrogions sur la nécessité d’accepter ce terme, nous constatons que la greffe n’a pas pris. Outre que détectoriste a toujours un peu sonné comme terroriste, il n’est pas spécialement explicite. Son utilisation par la presse notamment comme synonyme de fouilleur clandestin l’a irrémédiablement rendu péjoratif, si bien qu’il disparaît peu à peu au profit d’euphémismes tels qu’utilisateur de détecteurs de métaux, prospecteur de loisir ou encore archéologue amateur. Autant d’expressions qui renvoient les promoteurs de la chasse au trésor à leurs contradictions puisqu’ils réfutent leur impact sur le patrimoine archéologique.

L’association HAPPAH n’est pas la police du pillage

(20/09/2010, révisée le 20/11/2014)

Si l’HAPPAH n’a de cesse de répéter que l’utilisation d’un détecteur de métaux à des fins de recherche d’objets archéologiques nécessite une autorisation préfectorale (Code du Patrimoine), elle rappelle aussi que les découvertes faites, considérées comme des « trésors » par leurs inventeurs, sont nécessairement des objets pillés issus de vestiges et de contextes archéologiques détruits, y compris en surface des sols.

Se servir d’un détecteur pour la « chasse aux trésors », la « détection » ou « prospection de loisir » ou la « détection électromagnétique », ou autre formulation visant à contourner la loi, est interdit en-dehors de l’attribution d’une autorisation préfectorale. De plus, l’autorisation du propriétaire du terrain est incontournable.

L’autorisation préfectorale est délivrée en fonction des compétences du demandeur et des modalités de la recherche. En conséquence, nul ne peut se lancer sur une simple envie dans une « chasse au trésor » !
Cette réglementation vise à protéger le patrimoine archéologique, unique ressource à la disposition des sciences humaines et environnementales pour mieux connaître le passé des sociétés.

Tout contrevenant s’expose à une perquisition immédiate de son domicile et à une condamnation par le Tribunal de Grande Instance (TGI) pouvant donner lieu à une amende de cinquième classe et à la confiscation du ou des détecteurs de métaux. L’amende peut être portée à 150 000 euros et 10 ans de prison en cas de destruction, même partielle, d’un site archéologique.

La détention et le transport de ces objets, qui sont des biens culturels, sont aussi une infraction comme le met en exergue l’affaire dite du viticulteur de la Marne en 2014.

Si l’HAPPAH est particulièrement sensible aux problèmes posés par les « chasseurs de trésors » équipés de détecteurs de métaux, elle n’est toutefois pas la police du pillage.

L’association cherche les moyens de développer des mesures préventives dans la lutte contre le pillage. Elle a une mission d’information. Elle est en mesure de conseiller ses interlocuteurs sur les démarches légales à suivre en cas de pillage. Son rôle est de relayer les préoccupations des archéologues, amateurs et professionnels, envers le pillage, la détention, le trafic d’objets archéologiques et la destruction par leurs accapareurs des sites les contenant.

Dans la ligne de ces objectifs, l’HAPPAH est présente lorsqu’il s’agit de demander aux services de l’Etat de rappeler les lois et de les faire respecter. Elle n’est nullement là pour se substituer à leurs missions. En conséquence, il est inutile d’adresser à l’HAPPAH des courriers de dénonciations, trop souvent teintés de tentatives de règlements de comptes entre chasseurs de trésor. Ces demandes ne peuvent en aucun cas être suivies d’effet.

Les détecteurs de métaux sont une menace pour le patrimoine enfoui

(30/10/2010)

Selon l’association HAPPAH, l’utilisation de détecteurs de métaux à des fins de collection, de divertissement et de récréation, connue sous la dénomination commune de « chasse aux trésors » représente l’un des principaux dangers pour le patrimoine archéologique. La pratique de la chasse aux trésors, préconisée et défendue par ses promoteurs et adeptes, est fondamentalement préjudiciable à la préservation et à l’étude des vestiges de notre passé dont les principes sont définis dans la Convention Européenne de La Valette du 16 janvier 1992 (révisée). Les nombreuses découvertes de munitions de guerre par les chasseurs de trésors et les accidents mortels liés à la manipulation des munitions ainsi trouvées font de la détection de métaux un passe-temps des plus dangereux et constituent une grave atteinte à la sécurité civile.

En raison du caractère fondamentalement destructeur, dommageable et dangereux de la chasse aux trésors au moyen de détecteurs de métaux, et des risques encourus par les pratiquants au regard de la loi, l’association HAPPAH revendique une réglementation très restrictive portant sur l’importation, la vente et la détention de détecteurs de métaux, tant au niveau national qu’au niveau européen. »

L’association HAPPAH reconnaît que beaucoup d’utilisateurs de détecteurs sont animés par un véritable intérêt pour le passé et pour ses vestiges. Cependant, ils doivent prendre conscience que l’archéologie est une discipline scientifique et que toute intervention sur le patrimoine doit être effectuée avec méthode. Ces personnes sont invitées à s’inscrire aux fouilles programmées où elles apprendront que l’archéologie est bien autre chose que le ramassage anarchique d’artefacts métalliques.

 


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