LE LIVRE BLANC DE L’ARCHÉOLOGIE PRÉVENTIVE

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En troisième lieu, nous soulignons que le recours au détecteur n’est pas exempt de méthodologie. Il ne s’agit pas de circuler de manière erratique sur les niveaux archéologiques. L’appareil peut être utilisé rigoureusement dès le décapage pour repérer les indices métalliques non visibles dans les sols superficiels. Sur les niveaux étendus, des carroyages ou des corridors peuvent être mis en place et optimiser la collecte de données, en la doublant par un relevé en trois dimensions et rattachement à l’unité stratigraphique. De même, le détecteur n’autorise pas des comportements frénétiques. Les signaux produits par le détecteur doivent être matérialisés par un repère dans les sédiments et non donner suite à des picotages des surfaces ou des piochages aléatoires susceptibles de détruire des éléments fragiles et complexes (ateliers de fondeurs, sépultures, dépôts…). L’utilisation de cet appareil n’est pas non plus un encouragement à favoriser une collecte des objets métalliques, ou même à opérer des sélections typologiques. Les gestes de fouilles se doivent d’être scientifiquement égaux pour tout les types d’artefacts et matériaux. Un principe prévaut à l’utilisation du détecteur sur les chantiers préventifs : il doit être considéré comme un atout, et non comme une priorité.

Sur le pillage et la protection des chantiers

La libre commercialisation des détecteurs de métaux en France a pour conséquence leur utilisation quasi-systématique par des milliers de prospecteurs et fouilleurs clandestins. L’archéologie préventive est une cible privilégiée :
> Les chantiers sont des lieux de travail ordinaires pour les salariés, et sont donc désertés en dehors des horaires de service.

> Les méthodes de terrassement et de décapage sur de vastes surfaces (souvent plusieurs hectares) mettent à nu l’ensemble des vestiges avant même que les archéologues n’aient le temps d’investir les terrains. Le risque de pertes de données par le pillage en est d’autant accru.

> Le contexte environnemental et les contraintes techniques ne permettent pas de clôturer ces chantiers (zone de diagnostic sur des dizaines d’hectares, diagnostic INRAP de Noyon, Oise, en 2010 ; ou d’Allonnes, Eure-et-Loir, en 2011).

> S’ils sont clos, cela n’empêche pas les intrusions et les saccages (fouille INRAP de la nécropole de Caudebec-lès-Elbeuf, Seine-Maritime, en 2012).

L’association Halte au Pillage du Patrimoine Archéologique et Historique a remis en 2009 un rapport au CNRA [1] comprenant des solutions pour endiguer le commerce et l’usage des détecteurs de métaux par des particuliers, peu ou prou installés en réseaux de trafics d’objets archéologiques. Le CNRA, suite à l’affaire de Noyon, a remis des recommandations identiques au Ministère de la Culture.

Plusieurs systèmes électroniques pour contrer l’intrusion des détecteurs de métaux sur les chantiers préventifs ont été mis au point après des essais en conditions réelles. Ces appareils ont apporté entière satisfaction aux archéologues. Si un modèle a été salué par la CIRA Grand-Ouest lors d’une opération programmée en 2011, il est à déplorer que ces dispositifs connaissent un succès grandissant auprès des associations de bénévoles et des opérateurs étrangers, mais pas auprès des organismes d’archéologie préventive nationaux. Si ceux-ci préfèrent recourir à des prestations de gardiennage, leurs coûts sont sans commune mesure avec les taux d’amortissement des dispositifs anti-détecteur de métaux.

Ce manque d’intérêt est symptomatique de la place que la préservation des vestiges occupe dans la hiérarchie des préoccupations des responsables d’opération, entre le maintien des délais et la sécurisation des personnes. C’est un paradoxe criant : la présence même de ces vestiges justifie l’archéologie préventive.

C’est seulement une fois toutes ces précautions réunies (utilisation du détecteur de métaux raisonné, protection des sites) par les archéologues du préventif, que le mobilier métallique, même le plus anodin, garde sa véritable valeur archéologique, historique, dans un contexte fiable.

Nous saisissons donc l’opportunité du Livre Blanc pour demander l’application des mesures proposées par le CNRA sous l’angle de leur conséquence dans le champ de l’archéologie préventive. Le pillage archéologique avec détecteur de métaux est un vandalisme réel qui occasionne un surcoût croissant en matière de protection et d’orientation des stratégies des équipes préventives, doublé d’une perte en données scientifiques non quantifiable. La banalisation de l’usage des détecteurs par les archéologues est un premier pas pour juguler les pertes mais il ne doit pas dispenser la prise de responsabilité des pouvoirs publics et des organismes agréés pour que les trafiquants de biens culturels ne puissent plus s’approvisionner sur les chantiers archéologiques.

Jean-David Desforges, président de l’association HAPPAH, archéologue contractuel de l’archéologie préventive
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Jean-Jacques Grizeaud, membre d’honneur de l’association HAPPAH, archéologue INRAP

[1] Compagnon G., Desforges J.-D., Pautrat Y. et Schoellen A.Utilisation des détecteurs de métaux en France : cadre réglementaire, état des lieux et perspectives, Rapport à l’intention du Conseil National de la Recherche Archéologique, Association Halte au Pillage du Patrimoine Archéologique et Historique, septembre 2009, 76 pages.


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FRANCE En avril 2012, suivant l’édition du journal Ouest-France du 6 juillet 2017, une personne pénètre sur une parcelle agricole à Plouagat (Côtes-d’Armor). Son attention est attirée par la présence de tuiles gallo-romaines dans les labours. Elle parcourt le champ, un détecteur de métaux dans une main, une pelle dans l’autre. Inévitablement, elle découvre, en suivant le signal-sonde du détecteur puis en fouillant, des objets métalliques de la même période que les tuiles : des centaines de monnaies du IIIe siècle ! De sérieux doutes sur la légalité de la découverte se font jour à la lecture du récit de l’événement par l’inventeur !

Un Breton déterre un trésor romain d’exception grâce à son détecteur de métaux