MOBILISONS-NOUS CONTRE LE PILLAGE DU PATRIMOINE !
Pillages dans l'Adrar - Mauritanie
Selon Robert Vernet, l’Adrar est le plus grand désastre archéologique de la Mauritanie. La région a été pillée très tôt, dés l’époque coloniale, puis ratissée par les touristes et leurs fournisseurs locaux. Un inventaire partiel répertorient un millier de sites (R. Vernet) paléolithiques et néolithiques mais ceux ci n’ont été que très peu étudiés. Si rien n’est fait dans les prochaines décénnies pour protéger le patrimoine de l’Adrar, l’archéologie préhistorique de cette région sera définitivement sinistrée.
Les sites préhistoriques de la région sont soumis à une inexorable érosion éolienne qui met à jour les vestiges archéologiques. Ainsi, de très nombreux objets archéologiques sont exposés aux pilleurs. Des objets communs comme des pointes de flèches, des haches polies, des perles en pierre et des bifaces sont très prisés par des collectionneurs occidentaux. Ce marché est très important et s’inscrit dans un trafic international de biens culturels.
Les pillages sont parfois l’œuvre d’étrangers, animés par l’appât du gain, qui se rendent sur les sites érodés et prélèvent des objets. Mais, le plus souvent, à l’origine de ce circuit illégal, se trouvent des receleurs qui se servent des populations locales en les incitant à piller eux-mêmes les témoins de leur passé collectif. Ces personnes sont très maigrement rétribués par ces receleurs (parfois à 0,01 centime d’euros le gramme d’artéfact). Nous pouvons à juste titre parler d’exploitation. En dépit de tous les contrôles douaniers, les receleurs fournissent les revendeurs occidentaux et font sortir des pays sources des milliers d’objets qui feront le bonheur de galeristes, de marchands d’antiquités et de collectionneurs peu scrupuleux. Des pilleurs sont parfois à la solde de chefs locaux ou de marchands bien implantés dans le territoire. Une multitude de cas de figures est possible.
Les sites rupestres de l’Adrar attirent l’attention des touristes. En matière de développement touristique, le potentiel archéologique est l’un des atouts incontestables de la région d’Atar. Mais les touristes, en quête de souvenirs de leurs randonnées dans l’Adrar, peuvent être tentés de ramasser là une pointe de flèche en silex, là une hache en pierre... L’impact de ces ramassages ludiques est un facteur non négligeable d’érosion du patrimoine archéologique. L’enjeu est important et il convient de faire évoluer les mentalités. Pour cela, un relais comme le Musée de Touezekt peut jouer un rôle très important au niveau local. Il peut même avoir la prétention de faire évoluer le comportement des acteurs locaux du tourisme et des habitants de la région, en faveur de la protection et du respect du patrimoine.
Dans tous les cas, c’est un pan entier du patrimoine du pays qui disparaît définitivement. Des sites d’un intérêt patrimonial majeur ont été entièrement vidés de tous les objets qui pouvaient être collectionnés et mis sur le marché des antiquités. Les archéologues travaillant sur ces sites, comme Robert Vernet, en sont réduits à travailler sur de très maigres indices (déchets de taille, tessons de poterie) pour étudier des cultures anciennes peu connues. Le pillage à l’échelle industrielle de l’Adrar est une véritable catastrophe culturelle pour la Mauritanie.
Dans ce pays qui à tout juste cinquante ans, les moyens consacrés à l’archéologie sont encore trop faibles au regard de ce qu’il conviendrait d’entreprendre. Le pays peine à faire appliquer la réglementation faute de moyens et d'information.
Lire le communiqué de lancement du projet Touezekt
Lot de pointes de flèches néolithiques. Ramassage clandestin en Afrique sub-saharienne. Photo extraite d'un site de vente en ligne. Collectés par des paysans pauvres ces objets sont revendus comme de vulgaires produits culturels à des collectionneurs occidentaux. Les recèleurs rétribuent les paysans quelques centimes d'euros le gramme d'artéfact et les revendent au kilo. Des revendeurs occidentaux les redistribuent par lot ou à l'unité sur le marché des antiquités.