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Infolettre Halte au Pillage n°8 - 19 décembre 2009

Marchands de rêves - Marchands de mort !

Sommaire :

1. Marchands de rêves - Marchands de mort !

2. Louvre / Egypte fin des hostilités

3. Gros coup de filet en Italie

4. Un réseau international de trafic d’antiquités vient d’être démantelé en Tunisie

5. Deus est machina !

6. Le pillage en images - les conséquences de la guerre en Irak

7. Abonnement à l'Infolettre Halte au Pillage.


1. Marchands de rêves - Marchands de mort !

Les fêtes de fin d’année font le bonheur des marchands de détecteurs de métaux. Leurs sites web sont noyés dans une décoration de Noël et les promotions de fin d’année attirent une clientèle de plus en plus nombreuse. Beaucoup de gens se laisseront berner par les publicités aussi alléchantes que mensongères et vont se faire offrir un détecteur dans l’espoir de trouver un jour un trésor. Désir et contentement n’allant que rarement de compagnie, la chance de tomber sur un trésor est si faible que beaucoup vont rapidement ranger leur détecteur au placard. Grand bien leur fasse, ils s'éviteront ainsi 7500 euros d'amende et la confiscation du cadeau en cas de flagrant délit de prospection sans autorisation préfectorale.

Les chances de tomber sur une munition de guerre non tirée ou non éclatée comme un obus, une grenade ou une roquette antichar sont beaucoup plus élevées que celles de trouver un trésor. Au cours de leurs randonnées dans la nature, la majorité des utilisateurs de détecteurs de métaux finiront inévitablement par trouver tôt ou tard de ces vestiges dangereux des deux guerres mondiales. Souvent, ils ne se rendent même pas compte du danger mortel que représente une grenade de fusil de 20 mm d'aspect inoffensif. Même dans des pays, où il n’y avait jamais de combats, ces découvertes dangereuses sont courantes.

Une étude récente du phénomène de la « détection de métaux » a permis de relever un nombre hallucinant d’accidents graves liés à l’usage "privé" de détecteurs de métaux, ce partout en Europe. Rien qu’en 2009 (état: novembre 2009), l’Happah a recensé dix décès liés à la collection de munitions au moyen de détecteurs de métaux (France: 2 ; Allemagne: 2; Belgique: 1 ; Italie: 1 ; Espagne : 1 Pologne: 1 ; Russie: 2). La tranche d'âge entre 15 et 20 ans est fortement représentée dans la longue liste des décès et des blessés attribuables à la détection de métaux par des particuliers.

Les publicités des marchands de détecteurs de métaux qui visent la jeunesse sont particulièrement scandaleuses et révoltantes. Non seulement elles incitent les jeunes à se livrer à des pillages du patrimoine culturel, mais elles les exposent à de graves dangers. Ce n'est d'ailleurs pas seulement dans la presse spécialisée (= les revues de chasse aux trésors) que le détecteur de métaux est présenté comme un instrument de loisir passionnant et lucratif, mais également dans les publicités de sociétés vendant des jouets ou des équipements de loisir. Ces détecteurs bas de gamme sont vendus généralement à des prix variant entre 20 et 100 €. Ils sont cependant suffisamment performants pour repérer des munitions enfouies jusqu’à 20 cm, voire plus.

Les incidents impliquant des jeunes et très jeunes utilisateurs de détecteurs ne sont pas si rares que l’on pourrait croire. En voici quelques-uns parmi de nombreux autres:
- En avril 2006, deux garçons âgés de 13 et 14 ans trouvent une bombe sur le terrain d'un camping à Zeewolde (NL).
- Un garçon de 9 ans d'Ede (Pays-Bas) ayant reçu un détecteur de métaux en cadeau trouve une grenade au bout de cinq minutes de détection seulement.
- En 2008, deux jeunes gens de Nuland (Pays-Bas) trouvent une grenade à 5 centimètres de profondeur.
- En 2008 en Floride (Etats-Unis d'Amérique), un garçon de 8 ans et son camarade pratiquant la chasse aux trésors trouvent une grenade à main datant de la 2e Guerre Mondiale et la ramènent chez eux.
- En septembre 2007 à Weiden (Allemagne), deux garçons âgés de 12 et 14 ans découvrent trois grenades fumigènes rouillées avec leur détecteur de métaux.
- En octobre 2007 à Burgwald-Bottendorf (Allemagne), deux garçons de 8 et de 13 ans découvrent un obus antichar rouillé (Panzerfaust).
- Dans le district de Tomaszow (Pologne), un véritable arsenal d’armes de guerre a été saisi chez deux adolescents de 17 ans, amateurs de la détection.

Il est bien connu des autorités ayant sous leur tutelle la sécurité civile que les enfants et les adolescents âgés entre 6 à 16 ans sont le plus exposés à trouver des munitions qui traînent à la surface. Ceci est à mettre au compte de leur curiosité enfantine innée et leur goût de l'exploration. Vendre maintenant des détecteurs de métaux à des mineurs, sans en avertir les parents des dangers énormes que court leur progéniture relève d’inconscience, d’irresponsabilité et même d’absence totale de scrupules. Il convient de rappeler que les détecteurs de métaux vendus à des fins de chasse aux trésors ou de «prospection de loisir» sont des dérivés sophistiqués des détecteurs de mines militaires et que la finalité première des détecteurs de métaux utilisés à des fins professionnelles, a été et l’est toujours, la sécurité civile, dont justement le déminage. Pour cette raison et pour des raisons de protection et de conservation du patrimoine archéologique, les détecteurs de métaux ne sont pas à mettre entre les mains de personnes non qualifiées, et surtout pas entre celles d’enfants et d’adolescents!

2. Louvre / Egypte fin des hostilités

Après un déjeuner à l’Elysée, ce lundi 13 décembre 2009, le Président Sarkozy a restitué à son homologue égyptien Hosni Moubara les cinq fragments de fresque qui faisaient polémique ces dernières semaines.

Comme nous l’avions signalé dans les deux précédentes infolettres, ces objets de la XVIIIe dynastie égyptienne avaient été mal acquis par le Louvre en 2000 et 2003. Sous l’impulsion du célèbre archéologue Zahi Hawass, qui va bientôt prendre sa retraite, c’est en novembre 2008 que le Conseil Suprême des Antiquités Egyptiennes (CSA) avait saisi le ministère français de la Culture d'une demande de restitution. Le ministère de la culture précisait que les fragments avait été acquis de bonne foi par le musée. Le Louvre prétend que les renseignements donnés au moment de l’acquisition faisaient état d’une fouille menée entre 1907 et 1911 et que les objets qui en auraient été le fruit provenaient de l’ancienne collection d’un diplomate français. Or, on peut s’étonner que l’acquéreur n’ait pas plus enquêté que cela lors de l’achat sur l’origine d’objets aussi exceptionnels. Le Conseil Suprême des Antiquités égyptiennes était censé connaître les objets pillés puisque celui-ci les avait lui-même restauré dans les années 1970. Elles étaient par ailleurs répertoriées depuis longtemps puisque c’est Lord Carnarvon qui avait mis à jour le tombeau en 1908, ce dernier réouvert en 1924 par Percy Edward Newberry. Au début de l’affaire, le Louvre faisait valoir le principe de non rétroactivité de la Convention de l’UNESCO de 1970 (qui concerne le retour de biens culturels volés à leur pays d'origine), ratifié par la France en 1997. Le Louvre indiquait que la charge de la preuve incombe naturellement à l’Etat demandeur selon la clause qui cite que « l’Etat requérant est tenu de fournir, à ses frais, tout moyen de preuve nécessaire pour justifier sa requête de saisie et de restitution ».

Fâché et pressé, Zahi Hawass du Conseil Suprême des Antiquités Egyptiennes annonçait en octobre dernier la rupture de ses relations avec le musée du Louvre pour faire pression sur l’Etat Français. Cela impliquait la suspension des fouilles que mènent ce musée en Egypte. Suite à cela, la commission scientifique nationale des musées de France, était réunie le 9 octobre 2009 par Frédéric Mitterrand et décidait au déclassement des objets. Le Ministre Français de la Culture signait dans la foulée un arrêté qui permettait à ces œuvres de rentrer à la maison.

Les objets en question, brutalement arrachés de leur support d’origine par les pilleurs, étaient d’une très grande fragilité. Leur transport ne pouvait avoir lieu qu’après une nécessaire restauration. Ainsi, quatre restaurateurs égyptiens se sont rendus à Paris pour examiner les fresques et les recevoir au niveau administratif. Les objets ont été remis à l'ambassade égyptienne à Paris et devaient prendre cette semaine la direction de l'Egypte.

3. Gros coup de filet en Italie

Photo : AP/Angelo Carconi

 

Les carabiniers ont arrêté 31 personnes dans différentes régions d’Italie pour une affaire de recel d’objets archéologiques pillés. L’enquête a débuté en début d’année par l’identification d’un vendeur de monnaies antiques sur un célèbre site internet de vente aux enchères. Plus tard, une trentaine de personnes qui achetaient puis revendaient les objets ont été identifiés puis leurs domiciles ont été perquisitionnés. Certains de ces revendeurs ont réalisé plus d’un million d’euros de chiffre d’affaire avec ces objets pillés. Au total ce sont plus de 50 perquisitions qui ont été menées ce qui a permis de récupérer plus de 9000 monnaies (dont certaines en or et en argent), 368 vases et amphores, des stucs et sculptures en bronze, divers bijoux en bronze, des pointes de flèches en silex etc. Malheureusement la plupart de ces objets sont dépourvus de contexte ce qui est une perte immense pour la recherche scientifique.

 

4. Un réseau international de trafic d’antiquités vient d’être démantelé en Tunisie

21 personnes ont été arrêtées début décembre, l’enquête se poursuit pour identifier tous les complices de ce réseau portant sur des pièces archéologiques de première importance dont des statues et des céramiques antiques. Toutes ces pièces pillées devaient être écoulées en Europe et aux Etats-Unis sur le marché traditionnel de l’art, marché beaucoup trop peu regardant sur les provenances réelles des artéfacts. M. Béchir Tekkari, ministre tunisien de la Justice et des Droits de l’Homme a déclaré à l’agence TAP que « (le) démantèlement du réseau administre la preuve de la vigilance des services de sécurité et des autorités chargées de préserver les sites archéologiques, au sein du ministère de la Culture et de la sauvegarde du patrimoine. »
Selon l’AFP, « La Tunisie a durci sa législation pour protéger son patrimoine archéologique important et lutter contre les fouilles sauvages et la chasse aux trésors très en vogue ces dernières années. »
Selon le quotidien Le Temps, daté du jeudi 17 Décembre 2009, un tunisien a été arrêté avec en sa possession 91 objets archéologiques qu’il tentait d’exporter illégalement de Tunisie. Ces artéfacts auraient été pillés dans la région de Hidra.

5. Deus est machina !

Fin novembre, la société XP a distribué dans ses points de vente un nouvel appareil, le Deus. Comme à chaque fois qu’un nouveau produit est lancé sur le marché, les prospecteurs-détecteurs s’enflamment sur les performances du petit dernier. Les rumeurs de formidables découvertes, et bien entendu du plaisir associé, n’ont pas tardé à circuler dans le cercle du pillage français. Les stratégies de marketing sont à la hauteur du fantasme. Le modèle serait déjà en rupture de stock à la suite de tests prometteurs : une profondeur de 45 à 60 cm pour de menus objets telles les monnaies anciennes. On laissera à chacun le soin de juger au travers du nom de l’appareil la prétention du fabriquant, et de ce que cela révèle de la psychologie de la prospection-détection.

6. Le pillage en images - les conséquences de la guerre en Irak


La ville d'Umm al Aqarib en Irak quelques semaines avant l'invasion de l'armée américaine en mars 2003. Les pointillés correspondent à l'emprise de la photo suivante.

La ville d'Umm al Aqarib en août 2003. Le terrain est libre pour les pilleurs. Personne n'a pensé à protéger le site archéologique qui est victime des bulldozers et définitivement sinistré.

7. Abonnement Infolettre Halte au Pillage

N'hésitez pas à vous inscrire à l'Infolettre de l'association HAPPAH et soyez averti régulièrement dans votre boîte courriel de l'actualité de la lutte contre le pillage. Une à deux infolettres sont prévues chaque mois.

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Le compteur d'objets pillés

Ce compteur, réalisé par l’association HAPPAH, représente le nombre d’artéfacts intéressant l’art, l’histoire, la préhistoire et l’archéologie prélevé illégalement par les utilisateurs clandestins de détecteurs de métaux en France. Lire l'article de lancement

Dossier de presse

En France, 30 morts en 10 ans Lire le dossier de presse du 30 mars 2009