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Infolettre Halte au Pillage n°5 - 26 septembre2009
Grande-Bretagne : fièvre de l’or ou découverte archéologique ? le Portable Antiquitie Scheme encourage le pillage
Sommaire :
1. Grande-Bretagne : fièvre de l’or ou découverte archéologique ? le Portable Antiquitie Scheme encourage le pillage
2. France : le Ministère de la Culture face au lobbying
3. France : un accident du travail de plus en plus banal…
4. Canada : pillage du site historique national de Beaubassin en Nouvelle Ecosse
5. Italie : opération « Archéoweb » : recel d’antiquités sur le net
6. Happah et les medias
7. Abonnement à l'Infolettre Halte au Pillage.
1. Grande-Bretagne : fièvre de l’or ou découverte archéologique ? le Portable Antiquitie Scheme encourage le pillage
Un important dépôt d’objets archéologiques a été découvert en Angleterre dans le comté de Staffordshire par un utilisateur de détecteur de métaux. Il est composé de près de 1500 objets divers du Haut Moyen Âge dont des fragments d’épées en or incrustés de grenats, des fragments de casques et de crosses, une bande d’or ornée d’une inscription biblique, etc. Les médias parlent d’un trésor aussi prestigieux que le dépôt funéraire qui accompagnait la tombe de Toutankhamon, découvert par le célèbre ouvreur de tombes britannique Howard Carter en 1922. Certains médias se sont, de façon consternante, empressés de surfer sur la vague Indiana Jones : ce pauvre chômeur de 55 ans, Terry Herbert, est tombé sur 5 kilos d’or et 2,5 kilos d’argent, « mieux que le loto le détecteur de métaux ! » (sur Télématin, France 2, édition du 25/09/09).
Ce que les médias ne disent pas : l’inventeur de ce dépôt d’objets a passé 5 jours à tout déterrer lui même, sans la rigueur scientifique nécessaire au prélèvement de tels objets archéologiques. Plus d’un tiers de l’assemblage et son contexte ont été irrémédiablement détruits par les fouilles sauvages et frénétiques de son inventeur. Les médias feignent d’ignorer que pour la science le contexte est primordial. Selon le « code de bonne conduite » du « detectorist » l’inventeur aurait dû déclarer immédiatement sa découverte, sans rien perturber, à l’un des 37 « Finds Liaison Officers » payés justement pour enregistrer les trouvailles.
Ce sont les archéologues de Birmingham Archaeology, branche commerciale de l'université de Birmingham sur financement d'English Heritage, qui ont achevé « la fouille ». Mais peut-on vraiment parler de fouille ? D’après les films amateurs diffusés sur Internet, il s’agit plutôt d’une vulgaire quête au bel objet. Les prélèvements ne paraissent pas plus sérieux que ceux qui ont été effectués par le chasseur de trésors. Dans l’un de ces films on voit une personne prélever tous azimuts les objets, les arrachant de leur contexte stratigraphique avec une truelle trois fois trop grosse pour s’empresser de les présenter à la caméra. Les méthodes employées sont dignes des fouilles du XIXème siècle où seuls comptent les objets, leurs qualités artistiques, typologiques et symboliques. |
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Les archéologues jugeront par eux mêmes si l’archéologie moderne est ici présentée sous son meilleur jour : http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/8272856.stm
Et que dire du site créé spécialement pour l’occasion par des conseillers du Portable Antiquities Scheme ? On propose à l’internaute de s’émerveiller devant des objets en or et on l’incite à utiliser un détecteur de métaux via un jeu interactif :
http://www.staffordshirehoard.org.uk/village/
Le système anglo-gallois interdit l’utilisation du détecteur de métaux sans autorisation sur 18 300 sites classés. En revanche, contrairement aux législations de la plupart des autres pays européens, l’activité est légale sur tout le reste des territoires concernés. Avec ce système marginal en Europe, les objets archéolgiques pouvant être qualifies de « treasure », « museables », doivent être déclarés et sont susceptibles d’être achetés par les musées au prix du marché. Les objets sont présentés au British Museum, qui joue le rôle d’expert. L’institution est ensuite chargée de proposer ces objets aux différents musées. L’achat des pièces les plus intéressantes se fait grâce à un droit de préemption. Les utilisateurs de détecteurs de métaux anglo-gallois le savent bien. Et c’est sans nul doute la récompense financière, qui sera offerte par le British Muséum, qui a motivé la déclaration de ce dépôt. L’inventeur, Terry Herbert , a d’ailleurs déclaré que ce fut « plus amusant que de gagner à la loterie ». En 2007, la Grande Bretagne avait déjà dû verser plus d’1 million de livres aux deux inventeurs d’un dépôt du Xème siècle attribué aux Vikings. Les lois britanniques sont ainsi faites et la chasse aux trésors continuera à coûter très cher aux contribuables Britanniques, rackettés sur leur propre patrimoine !
En Angleterre et aux Pays de Galle, c’est le monde à l’envers : n’importe qui peut s’armer d’un détecteur de métaux et partir à la recherche d’objets archéologiques. Ce système prétend produire un climat de confiance entre utilisateurs de détecteurs et archéologues. Mais les constats sont désastreux. Malgré un pacte de confiance mis en place en 1996, seule une minorité d’utilisateurs de détecteurs de métaux déclarent… et ils déclarent très peu au regard de ce qu’ils prélèvent chaque année. La place toute particulière qui est, par ce système, accordée aux objets s’oppose à la vision de la plupart des chercheurs qui considèrent chaque objet comme une donnée ou un ensemble de données. Avec le système britannique, la recherche ludique et lucrative est encouragée, valorisée. Les conséquences sur le patrimoine archéologique sont catastrophiques. Pour une découverte de ce type déclarée, combien d’objets ont été dilapidés dans des collections privées ? Combien de sites ont-ils été exploités, pillés et endommagés par les chasseurs de trésors ? En glorifiant la détection, les archéologues anglais ont la responsabilité de l’augmentation des ventes de détecteurs de métaux partout en Europe.
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Les archéologues qui ont été nommés pour encadrer le dispositif, mais également d’autres scientifiques et des conservateurs de musée, défendent cette politique en démontrant que les déclarations d’objets se sont considérablement accrues depuis 1997. Le problème reste toutefois entier : compte tenu du grand nombre d’utilisateurs actifs de détecteurs, les pillages restent très nombreux. Aussi, les informations recueillies par ce système sont, tant au niveau de leur qualité que de leur fiabilité, très contestables.
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Le PAS, chargé de l’enregistrement des trouvailles, n’est pas en mesure de prévenir le risque de contamination d’objets litigieux tels des copies ou des inventions. Bref, la situation en Angleterre et au Pays de Galles est peu enviable. On pourrait qualifier ce système de démission du politique envers la protection du patrimoine culturel.
En France l’utilisation du détecteur de métaux à l’effet de recherche d’objet intéressant l’archéologie est soumise à une autorisation préfectorale, ce qui est une mesure minimale pour tenter de protéger le patrimoine archéologique contre la prédation des chasseurs de trésors. Seules les personnes ayant des compétences en archéologie peuvent être autorisées à utiliser un détecteur de métaux. Les archéologues français et ceux de la plupart des autres pays européens privilégient le contexte à l’objet lui même. Ils ne se laisseront jamais séduire par le système britannique qui ne fait qu’encourager les pillages sur fond de chasse aux trésors et qui, par cette actualité, atteint ses limites.
Rappelons au passage que la découverte sensationnelle du Calice de Derrynaflan en 1980, par deux prospecteurs clandestins armés de détecteurs de métaux, avait soulevé en Irlande un débat de fond. Le sénateur Michael D. Higgins avait alors exprimé, dans un discours resté dans les annales, le sentiment général de spoliation et surtout des interrogations sur la préservation des sites archéologiques et la chasse aux trésors, pratique "indigne d'une nation" comme la sienne.
Y aura-t-il bientôt en Grande-Bretagne une réaction de fond ?
En attendant, parions que dans les prochaines semaines les ventes de détecteurs de métaux vont exploser et que les pillards vont affluer dans le comté de Staffordshire.
A lire :
2. France : le Ministère de la Culture face au lobbying
Un conglomérat d’intérêts diverses en faveur de la détection débridée a réalisé cet été un lobbyisme très actif auprès des parlementaires français en leur envoyant des courriers dans lesquels les utilisateurs illégaux de détecteurs de métaux se présentent comme des prospecteurs du dimanche parfaitement honnêtes mais agressés par de méchants archéologues qui, rappelons-le, ne souhaitent que l’application de la législation actuelle. Sur les centaines de députés et sénateurs consultés, seule une vingtaine a posé officiellement une question – souvent la même au mot près- au Ministère de la Culture afin de connaître son avis sur le phénomène. Ce groupe de pression, sous forte influence des commerçants de détecteurs de métaux et des éditeurs de revues spécialisées, tente d’influencer des parlementaires sur la nature réelle de la détection. Le Ministère de la Culture a donc répondu à ces questions et a fait paraître cette réponse au Journal Officiel. Naturellement le point de vue de l'association HAPPAH est le même que celui des services de l'état qui ont pleinement conscience du grave problème que représente l'usage illégale des détecteurs de métaux.
Lire le texte de réponse du Ministère de la Culture in extenso
3. France : un accident du travail de plus en plus banal…
Alain Héron, salarié d’une casse automobile de Carpiquet dans le Calvados, s’est très grièvement blessé sur son lieu de travail jeudi 10 Septembre 2009 au matin, il est décédé en milieu d'après-midi au CHU de Caen. En l’absence de son patron, ce « démineur de loisir » tentait de désamorcer des obus avec une perceuse. Il faut dire que ce passionné de militaria possédait un détecteur de métaux grâce auquel il s’adonnait très régulièrement à la détection dite « de loisir » afin de retrouver des armes et munitions de la Bataille de Normandie (juin-août 1944). On pourrait rapprocher ce cas de cet autre amateur d’engins de guerre qui s’est gravement blessé à Tourlaville en mars dernier en nettoyant des munitions dans une bétonnière pendant sa pause prandiale… Voilà qui devrait inquiéter les personnes capables de soutenir que la prospection-détection est un loisir. De tels propos sont plus que jamais irresponsables.
4. Canada : pillage du site historique national de Beaubassin en Nouvelle Ecosse
Le village acadien de Beaubassin a subit les déprédations de deux pilleurs armés de détecteurs de métaux en Août de cette année. Après avoir été alerté par des riverains, Charles Burke archéologue de Parcs Canada, a constaté les dégâts : 370 trous sur ce site classé ! Ce n’est pas la première fois que ce site est « visité », en effet en juillet dernier ce même archéologue avait intercepté plusieurs personnes équipées de matériel très performants sur ce site, au grand dam des archéologues elles n’ont reçu de la justice canadienne qu’une injonction à ne pas retourner sur ce site d’habitat acadien- comment déplacer le problème sans le résoudre ! Les archéologues de Parcs Canada réclament donc une meilleure protection des sites archéologiques qui servent de sources d’objets à collectionner ou à revendre sur Internet pour des personnes qui ne comprennent pas toujours les conséquences de leurs actes. Comme l’indique Charles Burke, "Three hundred and seventy holes on this site is hardly a hobby". Ces deux pilleurs armés de détecteurs de métaux sont activement recherchés par la Gendarmerie Royale du Canada.
5. Italie : opération « Archéoweb » : recel d’antiquités sur le net.
Vaste coup de filet dans le milieu des pilleurs/collectionneurs italiens dévoilé au public fin juillet par les carabiniers spécialisés dans la défense du patrimoine culturel. Les enquêteurs ont suivis pendant plusieurs mois les achats et ventes d’objets archéologiques sur Internet d’un individu de 40 ans inconnu jusqu’alors des forces de police. En tout ce sont 48 perquisitions qui ont été réalisées dans plus de 35 villes italiennes, elles ont permis la saisie de plus de 13000 artéfacts archéologiques, allant du matériel métallique pillé au détecteur de métaux (dont 5 ont été mis sous séquestre) au bas relief en passant par des colonnes antiques avec chapiteaux ! La valeur du butin est estimée à plus de 3 millions d’euros. Les sites archéologiques pillés ont été identifiés dans le domaine de Lamezia Terme et Crotone en Calabre mais aussi en Ligurie et dans le Latium. Les enquêteurs tentent maintenant de savoir si les collectionneurs incriminés connaissaient la législation en vigueur en Italie ou s’ils se sont rendus coupable sciemment de recel de biens culturels.
Le 13 Août 2009 à Piacenza la résidence d’un couple de sexagénaires a été perquisitionnée par les carabiniers chargés de la protection du patrimoine culturel, ils y ont trouvé, outre des armes de guerre dites « de collection », de nombreux artéfacts archéologiques non déclarés conformément à la loi italienne. Le couple est soupçonné de participer au recel de biens archéologiques pillés dans la région.
6. Happah et les medias
Quelques medias se sont fait l’écho des préoccupations de l’happah ces dernières semaines dans leurs reportages et chroniques d’information, ainsi Nicolas Baby sur RTL le 16 Août dernier a intitulé sa chronique Archéologie : halte au pillage !
L’antenne Morbihan de l’association a aussi fait l’objet d’un reportage dans le journal télévision de France 3 Bretagne le 27 Août 2009.
7. Abonnement Infolettre Halte au Pillage
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