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Bulletin n°02, avril 2009
Vente de la collection Yves Saint-Laurent & Pierre Bergé
- Hélèna Reoco-Reclouge
La vente de la collection Yves Saint Laurent - Pierre
Bergé est considérée comme étant la plus belle opération
commerciale du siècle par nombre de marchands
d'art. En effet le créateur de mode et son mentor ont
collecté plus de 700 pièces de qualité exceptionnelle
digne des plus grands musées. Cette collection a été
dispersée pour plus de 373 millions d'euros, un record.
On comprend mieux pourquoi la maison Christie's fait
beaucoup de communication sur cette vente. Or le premier
grain de sable dans ces beaux rouages communicants
vient de 81 avocats chinois réclamant légitimement
leur dû et menaçant d'ester en justice.
En effet deux pièces de cette collection provoquent l'ire
de nombreux sinophiles, ces sculptures en bronze de
deux têtes de rat et de lapin proviennent du saccage
en 1860 du Palais Impérial d'été de Pékin par des
troupes franco-britanniques. Victor Hugo dans une lettre
destinée au capitaine Butler restée célèbre s'indigne
de cette destruction inadmissible, voici ce qu'il écrit à ce sujet : L'empire français a empoché la moitié
de cette victoire et il étale aujourd'hui avec une
sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac
du Palais d'été. J'espère qu'un jour viendra où la France,
délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée.
En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate. Ce jour n'est manifestement pas venu puisque le vice-président de Christie's déclare au Monde (Cojean, 2009) que « Pierre Bergé est propriétaire de plein droit de ces objets, sans aucune contestation possible ». Il a peut-être raison d'un point de vue légal mais où se trouve l'éthique dans cette affaire ? La justice saisie en référé a effectivement donné raison à Pierre Bergé malgré l’imprescriptibilité du recel en droit français.
Cyniquement la journaliste du Monde Annick Cojean
donne une piste à suivre, elle indique en guise de conclusion
: « Avis aux enchérisseurs chinois ». En effet, on
ne peut que constater que sept têtes faisant parti du
même ensemble ont été vendues entre 1987 et 2007, la
dernière en date, concerne la tête de cheval, et a été
cédé à un milliardaire chinois pour 8.8 millions de dollars.
Oui l'éthique n'est rien par rapport à de telles sommes…
Voilà qui peut expliquer la réaction du dernier enchérisseur
chinois qui par nationalisme refuse toujours de
payer la maison Christie’s pour les deux bronzes.
Mais il existe aussi d'autres grains de sable mis en évidence par David Gill, universitaire à Swansea, concernant un manque de données concernant les pièces archéologiques de cette collection, en particulier les magnifiques marbres classiques et les pièces égyptiennes (Gill, 2009). En effet une seule pièce présente des indications sur son historique antérieures à 1970, date de la convention de l'UNESCO. D'où proviennent ces pièces ? Christie's affirme pourtant que toutes les pièces de cette collection « ont un historique de propriété clair et détaillé » (Cojean, 2009). Alors pourquoi donner pratiquement aucune indication sur les pièces connues avant 1970, date pourtant cruciale pour la propriété de biens culturels car nous savons bien que nombre de pièces sans pedigree précis proviennent de pillages archéologiques. Elles ne viennent pas de nulle part !
Cette collection reflète parfaitement la manière de procéder
de nombre de collectionneurs fortunés.
L'éthique, bien que proclamée bien haut, n'est pas la
qualité première recherchée. Pourquoi donc se poser des
questions sur l'origine et la provenance des artéfacts
achetés alors que c'est si simple d'évoquer la bonne foi
quand on se fait surprendre les doigts dans le pot de
confiture ?
Mais comment un professionnel de l'art comme l'est M.
Bergé peut-il encore évoquer la bonne foi, alors que les
objets présentés n'ont aucun pedigree avant 1970, date
de ratification de la convention de l'UNESCO sur les biens
archéologiques pillés ?
Cojean, A. 2009. Polémique avant la vente Bergé - Saint
Laurent, Le Monde, 21 Janvier 2009.
Gill, D. 2009. YSL and antiquities, Lotting Matters, February
2009.