MOBILISONS-NOUS CONTRE LE PILLAGE DU PATRIMOINE !
Bulletin n°02, avril 2009
Prospection, détection, fouille.
Petit guide à l’usage des propriétaires.
- Dorothée Mathis
Qui a le droit de prospecter, de détecter ou de
fouiller ?
Le propriétaire d'un terrain n’a pas le droit de prospecter,
de détecter ou de fouiller sur celui-ci sans autorisation
préfectorale (autorisation à demander au
Service Régional d’Archéologie (SRA) de la région
concernée). Par contre, personne n’a le droit de prospecter,
détecter ou fouiller sur un terrain sans l'autorisation
du propriétaire et l’autorisation préfectorale au
nom du prospecteur, détectoriste, fouilleur.
Il est donc interdit de prospecter ou de fouiller avec
l'autorisation préfectorale et/ou l'autorisation du propriétaire
du terrain au nom d'autrui.
Les autorisations
Pour prospecter, détecter ou fouiller sur un terrain
donné, il faut deux autorisations : l’autorisation écrite
du propriétaire du terrain et l’autorisation préfectorale
fournie par le SRA. Pour obtenir une autorisation préfectorale,
il faut obligatoirement avoir eu auparavant
l’autorisation écrite du propriétaire du terrain.
Si les fouilleurs, prospecteurs ou détectoristes travaillent
sur un terrain munis de la seule autorisation du
propriétaire du terrain, le propriétaire du terrain est
alors complice de pillage et de destruction du patrimoine.
Pour évitez cela, le propriétaire doit mentionner
dans son autorisation écrite que celle-ci est valable
uniquement accompagnée de l’autorisation écrite du
SRA et qu’elle ne concerne que ce qui est autorisée
par cette autorisation préfectorale.
Les informations contenues dans l’autorisation du propriétaire
L’autorisation du propriétaire doit être nominative. Elle doit contenir les coordonnées de la zone concernée par la demande. Et comme dit ci-dessus, le propriétaire doit préciser que votre autorisation n’est valable que si une autorisation préfectorale est délivrée.
Le cas des détecteurs de métaux
La jurisprudence du procureur Gérard Launoy et le
code du Patrimoine indiquent que toute utilisation d’un
détecteur de métaux dans la recherche d'objet pouvant
intéresser l'archéologie, l'histoire, l'art ou la préhistoire,
ainsi que certains minerais, est soumise à autorisation
préfectorale.
Selon le procureur Launoy, les trouvailles faites au
détecteur de métaux ne peuvent revêtir d’un caractère
fortuit.
Si le chercheur n'a pas d'autorisation du propriétaire
terrien il commet un vol en s'accaparant des objets
découverts. Si le propriétaire a autorisé un chercheur à
faire des recherches visant la mise à jour d'objets
archéologiques ou historiques, et que celui-ci n'est pas
autorisé par la préfecture, il peut être accusé de complicité.
A noter que pour la justice, c'est l'intention qui
compte. Par conséquent, décider de détecter sur un
chemin où l'on sait que l'on trouvera des objets pouvant
intéresser l'archéologie, l'histoire, l'art ou la préhistoire
sans autorisation est contraire à la loi, cela
même si ce n'est pas spécifiquement une bague
romaine ou une monnaie mérovingienne qui est recherchée.
Le terme de découverte fortuite ne peut s'appliquer
si le découvreur sait que le terrain où il effectue
ses recherches est susceptible de livrer des objets
anciens.
L'utilisation d'un détecteur de métaux visant la recherche
d'objets archéologiques, historiques, préhistoriques
ou artistiques enfreint également la législation en
matière d'archéologie par les creusements que l'utilisateur
est amené à faire pour atteindre ses cibles. Pour
creuser à la recherche d'un objet qui peut potentiellement
intéresser l'art, l'histoire, la préhistoire ou l'archéologie,
il faut logiquement obtenir une autorisation
de sondage ou de fouille.
La propriété des objets découverts
Tout objet découvert fortuitement ou non doit être
déclaré au SRA de la région concernée. Cela permet de
garder une trace de la découverte et de compléter la
Carte archéologique. Compléter cette carte permet de
connaître le potentiel archéologique d’une zone et donc
de pouvoir mieux sauver les données en cas de travaux
d’aménagements de la zone dans le futur
La propriété des objets dépend de la manière dont ils
ont été découverts :
- En cas de découvertes fortuites isolés ou groupées («
trésor »), par exemple en creusant un trou pour planter
un arbre, la propriété est pour moitié au propriétaire
du terrain et pour moitié au(x) découvreur(s).
- En cas de fouille préventive, la moitié revient à l’Etat
et l’autre moitié au propriétaire du terrain.
- En cas de découvertes non fortuites faites par l'Etat
ou au nom de l'Etat, la moitié revient à l'Etat, l'autre
moitié au propriétaire.
- En cas de découvertes non fortuites, tout appartient
au propriétaire du terrain sauf les découvertes immobilières.
Code du Patrimoine au 30 juillet 2008
Art. L. 541-1 - Les dispositions de l'article 552 du code
civil relatives aux droits du propriétaire du sol ne sont
pas applicables aux vestiges archéologiques immobiliers.
L'Etat verse au propriétaire du fonds où est situé le
vestige une indemnité destinée à compenser le dommage
qui peut lui être occasionné pour accéder audit
vestige. A défaut d'accord amiable, l'action en indemnité
est portée devant le juge judiciaire.
Lorsque le vestige est découvert fortuitement et qu'il
donne lieu à une exploitation, la personne qui assure
cette exploitation verse à l'inventeur une indemnité forfaitaire
ou, à défaut, intéresse ce dernier au résultat de
l'exploitation du vestige. L'indemnité forfaitaire et l'intéressement
sont calculés en relation avec l'intérêt
archéologique de la découverte et dans des limites et
selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat.
Art. L. 531-14 - (…) Le propriétaire de l'immeuble est
responsable de la conservation provisoire des monuments, substructions ou vestiges de caractère immobilier
découverts sur ses terrains.
A noter que l’Etat peut revendiquer les découvertes et
en échange donner des indemnités au propriétaire et
au découvreur si on est dans le cas du 50/50. Les propriétaires
peuvent faire don des découvertes qui leur
appartiennent à l’Etat ou aux collectivités.
Tous objets découverts par un détecteur de métaux
hors du cadre des fouilles préventives appartiennent
intégralement au propriétaire du terrain.
Nota Bene. Une fois le rapport d'opération archéologique
en main, le propriétaire du terrain a un an pour
demander que le mobilier lui appartenant lui soit
rendu. Si le propriétaire ne fait pas cette démarche, le
mobilier sera automatiquement reversé à l'Etat.
L’étude du mobilier
A partir du moment de sa découverte, le découvreur a
l’exclusivité de son étude pour une durée de 5 ans
maximum (2 ans dans le cas d'une découverte lors de
fouilles préventives). Il se peut donc que le mobilier
soit inaccessible durant cette période.
Si le mobilier découvert vous appartenant doit être
conservé hors de chez le propriétaire du terrain,
demandez un reçu en attendant d’avoir un inventaire
complet.
Toute prospection, détection ou fouille faisant l’objet
d’un rapport obligatoire (dont un exemplaire est
conservé au SRA de la région concernée) avec l’inventaire
des découvertes, le propriétaire pourra savoir ce
qui a été découvert sur son terrain.
En outre, le responsable de la prospection, détection ou
fouille devrait lui fournir un exemplairepapier ou numérique
dudit rapport. Le propriétaire du terrain ne doit
pas hésiter à le demander si le responsable d'opération
oublie de lui en donner un.
Par contre, le délai de rédaction du rapport peut varier
de quelques mois à plusieurs années. Tout dépend de la
richesse du site mais aussi de la masse de travail que
peut avoir, par ailleurs, le responsable d’opération (=le
détenteur des autorisations).
Si le responsable d’opération a d’autres rapports en
retard, il se verra refuser de nouvelles autorisations
préfectorales jusqu’à ce qu’il se mette à jour.