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Bulletin n°02, avril 2009

En Ariège : une plainte en plus signifie-t-elle quelques clandestins de moins ?
- Hélène Teisseire

Zone reculée dans la région Midi-Pyrénées, nous avons constaté que le département de l’Ariège connaissait, depuis une dizaine d’années, une recrudescence des pillages de sites, ce qui inquiète les archéologues et chercheurs travaillant sur cette aire.
Ce département, niché dans les Pyrénées, est riche en sites castraux, églises romanes, habitats abandonnés et nécropoles mérovingiennes. Malgré le caractère modeste de ces zones, les clandestins affluent, car certains de ces endroits sont très difficiles d’accès, installés et identifiés dans des coins reculés sans habitats proches susceptibles de surveiller les alentours.


La communauté archéologique ariégeoise est restée longtemps impuissante et fataliste face à ces personnes, essentiellement des bandes organisées en cheville avec les revendeurs toulousains, avec pour seul moyen du bord pour la protection et prévention, le limaillage de chacun des sites étudiés. Cependant une prise de conscience s’est opérée et il a été décidé que la meilleure façon de protéger ces sites était de faire de la sensibilisation auprès des populations locales et particulièrement des élus. Ainsi, au risque de passer pour des esprits rigides, nous n’hésitons plus maintenant à citer les lois applicables et les peines conséquentes lors de nos conférences, publiques de vulgarisation ou scientifiques lors de colloques ou séminaires.
Ces petits détails intriguent le public qui pose souvent des questions et prend la mesure des dégradations faites par les pilleurs et le marché des biens culturels derrière. Malgré l’indignation dont il est fait preuve, certaines décisions politiques ou civiques restent
des voeux pieux. Nous ne pouvons plus rester muets face à ce fléau qui détruit le patrimoine de nos régions. Un ras-le-bol réel se fait sentir dans toute la communauté de Midi- Pyrénées qui ne se sent plus en confiance face à des gens qui agissent à n’importe quel moment de la phase d’étude des sites.


Ainsi l’été dernier, le site de Roquelaure dans le Gers a été la cible de clandestins en pleine nuit, alors que le site était en cours de fouille ! Les fouilleurs ont été passablement perturbés devant tant de manque de vergogne. L’équipe s’est soudée pour réaliser des tours de garde et malgré cela les pilleurs sont revenus.
Nous devons malheureusement compter une plainte de plus déposée en septembre dernier suite au constat fait lors d’une banale visite sur le site. Ax-les-Thermes est une petite ville de montagne, de fort passage touristique, avec une volonté politique assez récente de valorisation du patrimoine archéologique et historique. Le site fortifié de Castel Mau, ancienne garnison comtale (fin XIII-début XVe), est fouillée depuis 2007 et fait l’objet de campagne d’information à son sujet. Le chantier de 2008 s’est achevé le 10 août, mais les relevés et autres enregistrements de données ont continué jusqu’au 31 août. Une semaine après, le site avait été visité et arborait quelques trente trous, certes peu profond et dans des zones perturbées, mais ils avaient été faits. Le site avait doncété surveillé pour venir au moment le plus opportun… La gendarmerie auprès de laquelle nous avons déposé plainte, n’était même pas au courant que des fouilles avaient lieu dans leur périmètre ! Cela laisse songeur quand on sait qu’ils reçoivent copie des arrêtés préfectoraux… La plainte a été reçue et la mairie l’a doublée en portant plainte dans la foulée. Une information concernant cette situation est passée dans le bulletin municipal.

"Informer les populations afin de rendre les gens responsables de leur patrimoine."


Outre le problème majeur de conservation des sites, on est en droit de se demander quelle sécurité est garantie pour les fouilleurs et équipes scientifiques. Que ferons-nous le jour où ces gens arriveront armés ? Sans vouloir faire l’alarmiste, il est probable que cela arrive à un moment ou un autre. Leurs intentions ne sont pas innocentes et le marché auquel ils répondent ne l’est certainement pas non plus. Nous devons donc être très vigilants, informer les populations le plus possible afin de rendre les gens responsables de leur patrimoine. Mais il est clair que nous nous sentons isolés et démunis souvent face à des situations où même les gendarmes, malgré leur bonne volonté, reste peu armés. La loi doit évoluer, les services administratifs doivent prendre leur responsabilité face à ce fléau, afin que nous ne soyons plus une simple poignée d’irréductibles.

 

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