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MOBILISONS-NOUS CONTRE LE PILLAGE DU PATRIMOINE !

 

 

 

 

 

Bulletin n°01, juin 2008 : le mot du président

Non au pillage de loisir !

Dans beaucoup de pays en voie de développement le pillage du patrimoine archéologique est provoqué par la pauvreté des communautés rurales ou périurbaines. Les sites archéologiques sont alors considérés comme des ressources économiques. La forte croissance du marché occidental des antiquités, alliée à une pauvreté endémique, pousse des populations démunies à piller le patrimoine culturel. Doit-on pour autant blâmer ceux qui collectent par nécessité les objets qui fournissent les vitrines des collectionneurs et des musées ? La manne financière que ces objets apportent à ceux qui les extraient du sol est bien maigre comparée aux bénéfices que font les grands receleurs et marchands d’antiquités volées. Où est la gloire de ceux qui creusent la terre pour récupérer l’équivalent de 0,1 centime d’euros du gramme d’artéfact ? Le monde entier est victime du pillage et les pertes de données culturelles et scientifiques sont immenses pour l’humanité.

En Europe, le pillage prend toutefois un visage bien particulier. Le succès que suscite l’archéologie auprès du grand public a des conséquences perverses. Outre un nombre croissant de collectionneurs qui, par leur demande, engendrent toujours plus de pillage, les sites archéologiques sont durement affectés par des recherches illégales orchestrées par plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs de détecteurs de métaux. Ce phénomène, appelé aussi « détection de loisir », a fait beaucoup d’émules depuis son apparition dans les années 70. Par leur nombre et les modalités de leurs recherches, les utilisateurs de détecteurs de métaux clandestins, les « détectoristes », causent énormément de mal au patrimoine archéologique en privant de leur contexte des données scientifiques cruciales. Doit-on encore rappeler que la recherche archéologique ne peut plus se contenter d’amasser, sans but précis, des collections d’artefacts arrachées de leur contexte pour leurs seules valeurs artistiques ou symboliques ? Doit-on rappeler que l’étude contextuelle des données recueillies est primordiale pour l’archéologue ? Laisser filer le patrimoine archéologique pour satisfaire la curiosité ou les intérêts ludiques de quelques-uns reviendrait à perdre pour toujours les clés de l’histoire de l’humanité. Le pillage de loisir est une véritable catastrophe culturelle !

L’association Happah créée en octobre 2007 regroupe des personnes de différents milieux déterminées à agir afin que les lois soient davantage appliquées. Tout en encourageant les initiatives locales, l’association milite afin que des mesures soient prises à l’échelon national. Il est anormal que la justice rejette les plaintes déposées à l’encontre de pilleurs avérés dont les actes de pillage ont été dûment constatés !

La dégradation des sites archéologiques engendrée par les travaux agricoles ou par les aménagements du territoire constitue une grave et continuelle menace pour le patrimoine enfoui. Les récentes lois en matière d’archéologie préventive ont permis des avancées considérables dans l’étude, la sauvegarde et la valorisation du patrimoine. Malgré tout il subsiste de nombreuses exceptions et les dispositions s’avèrent parfois encore insuffisantes ou limitées. Mais l’association Happah n’a pas pour vocation de lutter contre la destruction des sites liée aux travaux d’aménagement, car ces derniers ne constituent en rien des actes de pillage !

L’association n'a par ailleurs aucune aversion particulière envers la détection de loisir quand celle-ci est pratiquée dans des zones potentiellement vierges de tout vestige archéologique (plages touristiques avec apport de sable exogène, terrains de sport, etc.). En revanche, le littoral est couvert de sites archéologiques et il y aurait sur le territoire français plus de 2 millions de sites archéologiques. Dans ce contexte, le détectoriste n'a que très peu d'espace disponible pour exercer sa passion sans risquer d'altérer l'intégrité du patrimoine archéologique enfoui.

Un certain nombre de petits pilleurs collectionneurs usent d’un discours hypocrite, stimulés par les éditeurs de revues dédiées à la détection de loisir et par des associations. Ils tentent de faire croire que leurs recherches, avec des appareils coûteux et de plus en plus perfectionnés, ne concernent que des objets récents ou perdus. Cela est vrai dans une minorité de cas mais c’est loin d’être la norme ! Des pratiquants n’ont par contre pas conscience des dégâts qu’ils occasionnent et interprètent les lois à leur avantage. C’est pourquoi un important travail de sensibilisation est nécessaire. Nous y travaillons activement depuis quelques mois. L’association a cependant encore besoin d’importants renforts humains et financiers pour mener à bien ses actions. N’hésitez pas à relayer nos informations et à adhérer à l’Happah en remplissant le coupon situé sur la dernière page de ce bulletin. L’adhésion est gratuite !

Nous tenons également à préciser que l’Happah ne fait pas d’amalgame entre les archéologues amateurs pratiquant la prospection dûment autorisée et les détectoristes hors-la-loi. Les premiers sont des acteurs indispensables de l’archéologie locale par l’importance de leurs contributions. Les seconds sont, d’une manière générale, nuisibles au patrimoine archéologique et vont à l’encontre des méthodes scientifiques en prélevant de manière anarchique des objets qui tomberont un jour dans l’oubli faute d’avoir été signalés. Comme le disait si bien André Leroi-Gourhan : « On ne fait pas plus de préhistoire en ramassant des haches polies qu'on ne fait de botanique en cueillant des salades dans son jardin ».