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Dossier - Pratiquer l'archéologie
Depuis quelques années, le nombre et l’implication d’associations d’archéologie sur les sites de fouilles diminuent. Certains imputent cet état de fait aux professionnels de l’archéologie : ces derniers feraient tout pour faire disparaitre les bénévoles. Or ces supputations sont fausses. Les véritables raisons sont à chercher du coté des associations dont les membres vieillissent et à la professionnalisation du métier d’archéologue. Alors qu’hier, les jeunes bénévoles remplaçaient les bénévoles vieillissants, aujourd’hui les jeunes se tournent vers l’archéologie préventive qui a permis l’embauche de quelques milliers d’archéologues. Doit-on condamner les passionnés d’archéologie qui ont l’opportunité de vivre de leur passion ?
Aujourd’hui, il est donc possible de pratiquer l’archéologie que cela soit de manière bénévole/amateur ou de manière professionnelle voir de cumuler les deux.
… en bénévole/amateur :
Le bénévole et l’amateur, tout comme l'Etat et la législation, ont permis à l’archéologie d’être ce qu’elle est aujourd’hui. Même avec la professionnalisation des archéologues, leur aide est toujours aussi précieuse et leur contribution toujours aussi attendue.
Ce bénévolat se traduit sous plusieurs formes. A partir du mois d’avril, le site Internet du Ministère de la Culture français (http://www.culture.gouv.fr/culture/fouilles/accueil.html ) met en ligne la liste des chantiers de fouilles programmées et des sites d’archéologie expérimentale bénévoles. Comme il s’agit surtout d’activités extérieures, ils s’insèrent dans la période allant d’avril à octobre voir novembre. Les chantiers de fouilles bénévoles peuvent proposer des activités annexes à la fouille comme le lavage et l’inventaire du mobilier découvert, et même parfois son dessin. Par contre, il faut savoir qu’une bonne condition physique est demandée pour fouiller : tout le monde n’est pas capable de passer des journées à piocher ou à pousser des brouettes pleines à ras bord.
Certains services archéologiques régionales, départementaux ou communaux proposent des activités de lavage du mobilier en cours d’année à des bénévoles. D’autres activités ayant attrait à l’archéologie peuvent être proposées. Pour savoir si les services archéologiques près de chez vous proposent de telles activités aux bénévoles, vous devez les contacter.
Si vous souhaitez pouvoir exercer votre passion de l’archéologie toute l’année, les associations d’archéologie sont faites pour vous. Ces associations vous permettent plus facilement qu’ailleurs d’assister à toutes les étapes d’une recherche archéologique. Mais attention, certaines associations sont plus orientées sur le travail de terrain (prospection, fouille), d’autres sur le travail de recherches documentaires (archives principalement), et d’autres encore sur la médiation avec le public.
En parallèles aux associations archéologiques existent des associations patrimoniales. Chaque année, elles proposent plusieurs chantiers de restaurations de bâtiments. Il n’est pas question ici d’effectuer des fouilles ou des recherches mais de contribuer à sauvegarder notre patrimoine. En outre, certaines de ces associations proposent des chantiers à l’étranger, et certains de leurs chantiers français accueillent des bénévoles étrangers.
En parallèle à toutes ces associations se sont développées des associations dédiées à la reconstitution historique et à l’Histoire Vivante. Chacune d’entre elles s’intéressent à une période chronologique particulière. Leurs membres font des recherches sur la période en question et essayent de reproduire les vêtements, l’outillage, les techniques, etc. Chaque année sont organisés des rassemblements costumés permettant de vivre quelques jours un peu comme à l’époque. Quelques unes des associations de reconstitutions historiques accueillent en leur sein des archéologues. Par ailleurs, des archéologues y font parfois appel pour résoudre leurs problématiques au moyen de l’archéologie expérimentale.
… en professionnel :
Etre payé pour assouvir sa passion est le rêve de beaucoup. En archéologie, il est possible d’exaucer ce rêve de deux manières : devenir archéologue professionnel ou exercer un métier en collaboration avec des archéologues.
La formation pour devenir archéologue est un cursus d’archéologie à l’Université. Tous les baccalauréats permettent d’accéder à un cursus d’archéologie, mais il est tout de même préférable d’avoir passé un baccalauréat Littéraire ou un baccalauréat Scientifique. En parallèle, il est obligatoire d’effectuer des stages sur des chantiers de fouilles. La grande majorité des postes en Archéologie sont des postes de techniciens de fouilles, donc si vous n’aimez pas fouiller il vaut mieux éviter de tenter ce cursus.
Les premières années du cursus d’archéologie sont communes avec celles d’histoire ou d’histoire de l’art suivant les Universités. A partir de la troisième année de Licence, la spécialisation commence à se faire. Ensuite à l’entrée en Master, la spécialisation chrono-culturelle est effectuée par le choix d’un directeur de recherches et d’un sujet de mémoire. La deuxième année de Master permet de choisir entre la professionnalisation et la recherche. Le Master II Professionnel forme l’étudiant afin qu’il soit le plus performant possible dans le contexte de l’archéologie préventive. Le Master II Recherche est le premier pas vers la formation du chercheur en Archéologie et donc amène vers le Doctorat. Dans le contexte actuel de l’emploi en archéologie, il est préférable de ne pas s’arrêter avant d’avoir obtenu un Master.
Les débouchés professionnels sont le CNRS qui emploient sur concours des ingénieurs d’étude et des ingénieurs de recherches et parfois des techniciens de fouilles, l’INRAP qui emploient principalement des techniciens de fouilles en CDD et quelque rare fois des spécialistes sur des thèmes précis, l’Etat qui proposent sur concours des postes de conservateurs du patrimoine en archéologie, les collectivités territoriales avec le concours de conservateur territoriale en archéologie ainsi que d’attaché du patrimoine et d’assistant en plus de CDDs. Quelques sociétés privées embauchent aussi des archéologues en CDD.
Avec la spécialisation accrue des archéologues et les grandes avancées technologiques de ces dernières décennies, l’éventail des métiers collaborant à la recherche archéologique s’est grandement étendu. Ces métiers vont de chercheur aux métiers de la communication.
Au niveau des métiers scientifiques, l’archéologie fait aussi bien appel aux sciences de la vie et de la terre qu’aux sciences humaines. Ainsi, un linguiste pourra aider à décrypter des textes quand un archéologue n’est pas lui-même assez compétent, un historien à comprendre le contexte social. Mais les sciences de la vie et de la terre sont tout de même celles auxquelles l’archéologues fait le plus appel. Un biologiste avec une spécialisation spécifique pourra devenir dendrologue (étude des cernes du bois), xylologue (étude du bois), palynologue (étude des pollens), carpologue (étude des graines), archéozoologue (étude des ossements animaux), anthropologue (étude des ossements humains ; un physicien ou un chimiste pourra devenir archéomètre, c’est à dire qu’il utilisera les outils de sa science pour déterminer la composition de l’objet voir le dater. L’archéomètre se spécialise par matériaux.
Pour les personnes plus orientées vers le travail manuel, la restauration/conservation peut être une possibilité de carrière. Les études durent cinq ans. Elles demandent des connaissances en science de la vie et de la terre mais aussi une capacité à être minutieux et à savoir dessiner. En outre, le centre principal en France attribuant le diplôme de restaurateur, l’Institut national du Patrimoine, n’est accessible que sur concours. L’Université Paris I Panthéon propose un cursus pour devenir restaurateur mais celui-ci est soumis à des épreuves d’admission.
Il existe aussi des emplois de dessinateurs/illustrateurs. Pour y prétendre, il faut soit faire un cursus d’archéologie et être très bon en dessin soit faire un cursus d’illustrateur sachant que de toute façon, il est préférable d’avoir des connaissances en archéologie. Certains organismes embauchent aussi des photographes et même du personnel diplômé en communication. Sans oublier qu’il est aussi possible de devenir journaliste spécialisé en archéologie ou médiateur culturel.
Une science accessible à tous
Bref, divers moyens sont disponibles pour assouvir sa passion de l’archéologie en participant activement à la recherche ou en aidant la transmission au public. Chacun peut y trouver son compte et ce en toute légalité et dans le respect des témoignages du passé.
Dossier rédigé par D.M.- HAPPAH
Bibliographie
BALUT Pierre-Yves, BRUNEAU Philippe, Artistique et Archéologie, Paris, 1997.
DEMOULE Jean-Paul, GILIGNY François, LEHOERFF Anne, SCHNAPP Alain, Guide des Méthodes de l’Archéologie, Paris, 2005 (réédition).
JOCKEY Philippe, l’Archéologie, Paris, 1999.